La fiscalité crypto applicable aux particuliers français a changé de taux. Depuis la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, la flat tax sur les plus-values de cryptomonnaies atteint 31,4 %, contre 30 % auparavant, sous l’effet d’une hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine. Ce guide, mis à jour en novembre 2026, détaille ce qui déclenche l’impôt, comment calculer une plus-value avec la formule officielle, quelles cases remplir lors de la déclaration 2027 des revenus 2026 et quels régimes particuliers s’appliquent aux traders actifs, au minage, au staking et aux airdrops.
Le cadre de référence reste l’article 150 VH bis du Code général des impôts, commenté par l’administration dans le BOFiP et repris dans la page d’aide d’impots.gouv.fr consacrée aux cessions d’actifs numériques.
Fiscalité crypto : ce qui déclenche l’impôt
Le point de départ de toute imposition des cryptomonnaies est le fait générateur, c’est-à-dire l’opération qui rend un gain taxable. Selon le BOFiP (BOI-RPPM-PVBMC-30-10), une cession est imposable lorsqu’un actif numérique est échangé contre de la monnaie ayant cours légal (euro, dollar), contre un bien autre qu’un actif numérique, contre un service, ou contre un autre actif numérique avec soulte, la soulte étant la somme d’argent qui complète un échange.
À l’inverse, les échanges entre cryptomonnaies sans soulte bénéficient d’un sursis d’imposition. Convertir du bitcoin en ether, ou de l’ether en stablecoin, ne crée donc pas d’impôt au moment de l’échange : la plus-value latente est simplement reportée jusqu’à la prochaine cession imposable, par exemple une vente contre euros. Ces échanges en sursis ne donnent d’ailleurs pas lieu à déclaration, précise le BOFiP.
Concrètement, voici les situations les plus courantes pour un particulier :
- vendre des cryptos contre des euros sur une plateforme : imposable ;
- payer un bien ou un service en cryptomonnaie, y compris via une carte crypto : imposable ;
- échanger une crypto contre une autre sans versement d’argent : sursis d’imposition ;
- acheter des cryptos en euros et les conserver : aucun impôt tant qu’il n’y a pas de cession.
Le seuil de 305 euros
La loi prévoit une exonération pour les petits montants. D’après impots.gouv.fr, les plus-values sont exonérées lorsque le montant total des cessions de l’année ne dépasse pas 305 euros, hors échanges en sursis. Le seuil porte sur les prix de cession bruts, et non sur les gains, et il s’apprécie au niveau du foyer fiscal. Le BOFiP ajoute un point souvent mal compris : dès que le seuil est franchi, c’est l’ensemble des cessions de l’année qui devient imposable, et non la seule fraction au-delà de 305 euros.
Le taux de la flat tax crypto : 31,4 % depuis la LFSS 2026
Les gains réalisés par un particulier dans le cadre de la gestion de son patrimoine privé sont soumis au prélèvement forfaitaire unique (PFU), aussi appelé flat tax. Selon impots.gouv.fr, ce prélèvement s’établit désormais à 31,4 %, soit 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, quel que soit le nombre de transactions.
Cette hausse provient de l’article 12 de la loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui porte le taux de la CSG sur les revenus du patrimoine de 9,2 % à 10,6 %. Les plus-values de cryptomonnaies figurent parmi les revenus concernés, alors que d’autres catégories, comme l’assurance vie ou les plus-values immobilières des particuliers, restent à 17,2 % de prélèvements sociaux.
| Composante | Avant la LFSS 2026 | Depuis la LFSS 2026 |
|---|---|---|
| Impôt sur le revenu | 12,8 % | 12,8 % |
| Prélèvements sociaux | 17,2 % | 18,6 % |
| dont CSG | 9,2 % | 10,6 % |
| Total flat tax crypto | 30 % | 31,4 % |
Sources : impots.gouv.fr, loi n° 2025-1403 du 30 décembre 2025 (art. 12).
L’option pour le barème progressif
Le contribuable peut renoncer au PFU et demander l’imposition de ses plus-values crypto au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Impots.gouv.fr indique que cette option s’exerce en cochant la case 3CN et qu’elle est distincte de l’option globale qui concerne les revenus de capitaux mobiliers et les plus-values sur valeurs mobilières. Autrement dit, choisir le barème pour ses dividendes ne fait pas basculer ses cryptos, et inversement. Les prélèvements sociaux de 18,6 % restent dus dans les deux cas.
L’intérêt de cette option dépend de la tranche marginale d’imposition du foyer, de ses autres revenus et de ses éventuelles charges : la comparaison relève d’une simulation propre à chaque situation, idéalement avec l’appui d’un professionnel du conseil fiscal.
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Calculer sa plus-value crypto : la formule officielle
Le calcul de la plus-value crypto ne suit pas la logique « prix de vente moins prix d’achat de l’actif vendu ». La France applique une méthode globale, fondée sur la valeur de l’ensemble du portefeuille. Le BOFiP (BOI-RPPM-PVBMC-30-20) la formule ainsi :
Plus-value = prix de cession – [prix total d’acquisition x (prix de cession / valeur globale du portefeuille)]
Trois notions doivent être bien comprises. Le prix de cession est le montant obtenu lors de la vente, diminué le cas échéant des frais de cession. Le prix total d’acquisition correspond à la somme de tous les achats d’actifs numériques réalisés avant la cession, en euros ou en biens et services, soultes versées comprises, diminuée des fractions de capital déjà « consommées » lors des cessions imposables précédentes. La valeur globale du portefeuille est la valeur en euros de l’ensemble des cryptos détenues juste avant la cession, toutes plateformes et tous portefeuilles confondus.
Un exemple chiffré
Prenons un cas fictif. Un particulier achète en 2024 pour 2 000 euros de bitcoin, puis pour 1 000 euros d’ether : son prix total d’acquisition est de 3 000 euros. En 2026, l’ensemble de son portefeuille vaut 6 000 euros et il vend pour 1 500 euros de cryptos contre des euros.
| Élément | Montant |
|---|---|
| Prix de cession | 1 500 € |
| Prix total d’acquisition | 3 000 € |
| Valeur globale du portefeuille | 6 000 € |
| Fraction de capital initial (3 000 x 1 500 / 6 000) | 750 € |
| Plus-value imposable | 750 € |
| Flat tax à 31,4 % | 235,50 € |
Pour la cession suivante, le prix total d’acquisition sera réduit de la fraction de capital initial déjà utilisée, soit 3 000 – 750 = 2 250 euros. Ce mécanisme explique pourquoi un historique complet des achats, ventes et échanges est indispensable, y compris pour les opérations en sursis.
Les moins-values
Une cession peut aussi dégager une moins-value. Selon le BOFiP et impots.gouv.fr, les moins-values crypto ne s’imputent que sur les plus-values de même nature réalisées la même année. Une moins-value nette annuelle ne peut ni être reportée sur les années suivantes, ni compenser des plus-values sur actions ou d’autres revenus.
Déclaration crypto aux impôts : formulaire 2086 et cases de la 2042 C
La déclaration crypto aux impôts repose sur trois documents, à remplir lors de la campagne de printemps 2027 pour les opérations réalisées en 2026.
Le formulaire 2086 est la déclaration annexe qui détaille chaque cession imposable : date, valeur globale du portefeuille, prix de cession, frais, soultes, prix total d’acquisition et plus ou moins-value. En ligne, il se trouve dans la rubrique « Déclarations annexes » et, d’après impots.gouv.fr, il reporte automatiquement le résultat net dans la déclaration principale. En déclaration papier, le 2086 est joint et le résultat est reporté à la main sur la déclaration 2042 C.
| Case | Formulaire | Contenu |
|---|---|---|
| 3AN | 2042 C | Plus-value nette de cession d’actifs numériques |
| 3BN | 2042 C | Moins-value nette de cession d’actifs numériques |
| 3CN | 2042 C | Option pour le barème progressif sur les gains crypto |
Source : impots.gouv.fr.
Le troisième document concerne les comptes ouverts à l’étranger. Tout compte d’actifs numériques ouvert, détenu, utilisé ou clos auprès d’une plateforme établie hors de France doit être déclaré chaque année, via la rubrique dédiée en ligne ou le formulaire 3916-bis en version papier. Cette obligation s’applique même en l’absence de toute cession dans l’année. La plupart des grandes plateformes grand public étant établies hors de France, elle concerne une large majorité des détenteurs.
Les sanctions en cas d’oubli
La notice officielle du formulaire 3916 publiée sur impots.gouv.fr prévoit une amende de 750 euros par compte d’actifs numériques non déclaré, portée à 1 500 euros lorsque la valeur des comptes détenus à l’étranger dépasse 50 000 euros à un moment quelconque de l’année. Les omissions ou inexactitudes sont sanctionnées de 125 euros chacune (250 euros au-delà du même seuil), dans la limite de 10 000 euros par déclaration. Ces amendes s’ajoutent aux éventuels rappels d’impôt sur les plus-values non déclarées.
Le contrôle va par ailleurs se renforcer. La directive européenne DAC8 impose aux prestataires de services sur crypto-actifs de collecter, depuis le 1er janvier 2026, les données de transactions de leurs clients. Selon la Commission européenne, les premiers échanges entre administrations fiscales, portant sur l’année 2026, auront lieu au plus tard le 30 septembre 2027.
Activité habituelle : quand la fiscalité crypto bascule en BNC
Le régime de l’article 150 VH bis vise la gestion d’un patrimoine privé. Lorsque les achats, ventes et échanges sont réalisés dans des conditions analogues à celles d’un professionnel, les gains relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC), en application de l’article 92 du CGI modifié par la loi de finances pour 2022. Le BOFiP précise que ce régime ne s’applique que dans des cas d’espèce exceptionnels, appréciés au regard de critères comme la fréquence des opérations, les montants engagés ou le recours à des outils sophistiqués. L’achat-revente exercé à titre de profession relève, lui, des bénéfices industriels et commerciaux (BIC).
En BNC, impots.gouv.fr indique que le contribuable peut relever du régime micro-BNC, avec un abattement de 34 %, ou de la déduction des frais réels. La frontière entre gestion privée et activité professionnelle restant une question de fait, une situation de trading intensif justifie un échange avec un avocat fiscaliste ou un expert-comptable.
Minage, staking et airdrops : un traitement fiscal à part
Les revenus tirés de la blockchain elle-même, et non d’une vente, ne suivent pas tous les mêmes règles.
Le minage, qui consiste à mettre de la puissance de calcul au service de la validation des transactions en échange de nouvelles unités, est le cas le plus balisé. Le BOFiP indique que les gains issus de cette activité relèvent en principe des BNC. Les cryptos ainsi obtenues sont ensuite soumises, lors de leur revente, aux règles applicables à leur détenteur.
Le staking, qui consiste à immobiliser des jetons pour participer à la sécurisation d’un réseau en preuve d’enjeu et percevoir des récompenses, ne fait pas l’objet d’un commentaire spécifique dans la doctrine administrative consacrée à l’article 150 VH bis. Deux lectures coexistent chez les praticiens : l’une rapproche ces récompenses de revenus imposables dès leur perception, potentiellement en BNC ; l’autre considère qu’elles ne sont imposées qu’au moment de leur cession contre euros, avec un prix d’acquisition nul. Le choix d’une approche et sa documentation relèvent d’un examen au cas par cas avec un professionnel. Pour comprendre le mécanisme lui-même, notre guide sur le staking, son fonctionnement, ses risques et ses rendements détaille la logique de la preuve d’enjeu déléguée.
Les airdrops, ces distributions gratuites de jetons par un projet, posent une question proche. Faute de doctrine dédiée, leur traitement reste débattu, notamment selon que l’attribution est purement gratuite ou conditionnée à une action de l’utilisateur. Notre article sur le fonctionnement des airdrops crypto revient sur les différents types de distribution.
Ce que pourrait changer le projet de loi de finances 2027
Le projet de loi de finances pour 2027 est en cours d’examen au Parlement à l’automne 2026. Plusieurs amendements touchant aux crypto-actifs y ont été débattus, mais aucune de ces mesures n’est en vigueur tant que la loi n’est pas adoptée définitivement et promulguée. Les règles décrites dans ce guide sont celles applicables à la date de mise à jour. Les amendements et les votes sont détaillés dans notre suivi du PLF 2027 et des cryptomonnaies.
FAQ sur la fiscalité crypto
Faut-il payer des impôts sur ses cryptos si l’on ne vend rien ?
Non. Détenir des cryptomonnaies ou en acheter avec des euros ne génère aucun impôt sur le revenu. L’imposition intervient lors d’une cession imposable : vente contre euros, paiement d’un bien ou d’un service, ou échange avec soulte. En revanche, les comptes détenus sur des plateformes étrangères doivent être déclarés chaque année, même sans aucune vente, sous peine d’amende.
Les échanges de crypto à crypto sont-ils imposables ?
Les échanges entre actifs numériques sans soulte bénéficient d’un sursis d’imposition prévu par l’article 150 VH bis du CGI. Ils ne déclenchent pas d’impôt et ne sont pas déclarés sur le formulaire 2086. La plus-value latente reste toutefois intégrée au portefeuille et sera prise en compte lors de la prochaine cession contre euros, d’où l’importance de conserver l’historique complet des opérations.
Quel est le taux d’imposition des cryptos en 2027 ?
Pour les cessions réalisées en 2026 et déclarées au printemps 2027, la flat tax s’élève à 31,4 % selon impots.gouv.fr : 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. Le contribuable peut opter pour le barème progressif via la case 3CN, les prélèvements sociaux restant alors dus. Le taux pourrait évoluer si une loi de finances ultérieure le modifie.
Peut-on reporter une moins-value crypto sur les années suivantes ?
Non. Les moins-values sur actifs numériques ne s’imputent que sur les plus-values de même nature réalisées la même année. Une moins-value nette annuelle est perdue fiscalement : elle ne peut être reportée ni déduite des plus-values sur actions ou d’autres revenus. Elle se déclare néanmoins en case 3BN.
Que risque-t-on si l’on oublie de déclarer un compte Binance ou Coinbase ?
Un compte d’actifs numériques ouvert à l’étranger et non déclaré expose à une amende de 750 euros par compte, portée à 1 500 euros si la valeur des comptes concernés dépasse 50 000 euros au cours de l’année. Ces montants figurent dans la notice officielle du formulaire 3916. Ils s’ajoutent aux éventuels rappels d’impôt et pénalités sur les gains non déclarés.
Ce qu’il faut retenir
La fiscalité crypto des particuliers repose toujours sur l’article 150 VH bis du CGI, mais son taux a changé : la flat tax atteint 31,4 % depuis la LFSS 2026, avec 18,6 % de prélèvements sociaux. Seules les cessions contre euros, biens, services ou avec soulte sont imposables, les échanges entre cryptos restant en sursis, et un foyer qui cède moins de 305 euros dans l’année est exonéré. Le calcul repose sur une formule globale qui impose de suivre la valeur de tout le portefeuille, le résultat se déclare via le formulaire 2086 et les cases 3AN ou 3BN, et chaque compte ouvert à l’étranger doit être signalé. Avec l’échange automatique d’informations prévu par DAC8, la rigueur déclarative devient incontournable ; pour les cas complexes (trading intensif, staking, airdrops), le recours à un professionnel reste la voie la plus sûre.
Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont volatils et peuvent entraîner une perte totale du capital investi.
